BPA - pas de principe d’émotion
Depuis plusieurs mois, la polémique sur la présence dans les biberons en plastique de bisphénol A (BPA), suspecté d’être un perturbateur endocrinien, enfle.
Le point de départ ? L’interdiction, par le gouvernement canadien, des biberons en polycarbonate, plastique fabriqué à partir de BPA.
Cette décision interpelle les autorités américaines, et la question traverse l’Atlantique avec la multiplication d’articles dans la presse française, mettant en cause le Bisphénol A. Qu’entend-t-on à son sujet ? Qu’il migrerait vers les liquides, que ce soit dans les bouteilles ou les biberons en plastique, dans des proportions telles qu’il pourrait provoquer des problèmes de fertilité et augmenter les risques de cancers du sein et de la prostate.
La ministre de la santé en appelle à la raison
Le 31 mars dernier, devant l’Assemblée nationale, Mme Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, a ramené dans le débat des arguments scientifiques rationnels, à savoir la concordance de multiples études d’agences sanitaires sur le sujet qui concluent à l’innocuité du BPA dans les conditions de son utilisation dans les biberons et autres récipients. En réponse à la demande du député Jean-Christophe Lagarde sur une application du principe de précaution interdisant le BPA dans les biberons et les plastiques alimentaires, la ministre a donc rappelé que « les études menées par l’AFSSA ont conduit à l’innocuité du bisphénol A, même en cas de choc thermique extrêmement important(…). Ces études sont confirmées par l’ensemble des grandes agences sanitaires, que ce soit l’agence européenne de sécurité alimentaire, la Food and Drug Administration ou l’agence allemande de sécurité sanitaire. » Elle rajoute que « Le principe de précaution est un principe de raison, il n’est en aucun cas un principe d’émotion. »
La fiabilité des avis d’experts
Le rappel de ces éléments par Mme Bachelot est très important car ils soulignent la nécessité d’appuyer la décision politique sur des éléments scientifiques dignes de ce nom ; à ce titre le rôle des « peer reviews » réalisées par les Comités d’experts européens et et/ou les agences sanitaires publiques. Les avis publiés par les agences telles que l’AFSSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments) ou la FDA (Food and Drug Administration) sont menées dans des conditions scientifiques rigoureuses : ils reposent sur l’examen périodique de toutes les données toxicologiques disponibles et sont menés par des comités de scientifiques indépendants dont les membres sont soumis à déclaration d’intérêt. Ces débats transparents permettent d’organiser la connaissance en fonction de sa fiabilité et d‘estimer la part d’incertitude inhérente à toute démarche scientifique. Les avis émis éclairent les décisions réglementaires relatives à la maîtrise des risques. Dans le cas du Bisphénol A, des centaines d’études ont été prises en compte. Si de nouvelles connaissances, de nouveaux résultats d’études scientifiques apparaissent, les autorités sanitaires en sont saisies afin d’en évaluer le poids par rapport aux éléments qui ont fondé leur avis précédents.
En tant que citoyens et acteurs économiques, les industriels de la chimie sont très attachés à l’indépendance collective de l’expertise et à son caractère complémentaire et contradictoire, le cas échéant. . La décision volontaire de poursuivre ou non l’utilisation d’une substance est d’abord fondée sur les éléments de l’expertise scientifique et l’évaluation des risques correspondant aux applications de la substance concernée. Ils sont d’ailleurs engagés depuis de longues années dans cette démarche d’évaluation des risques pour la santé et l’environnement qui se généralise avec REACH, règlementation européenne sur les produits chimiques qui va améliorer la connaissance des substances.
Pour en savoir plus :
- La réponse de la ministre de la Santé, Mme Roselyne Bachelot à l’Assemblée nationale, le 31 mars 2009
- Lire l’avis de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA)
BPA : à quoi ça sert ? Le Bisphénol A est utilisé dans la fabrication de plastiques en polycarbonate connus pour être résistants, sûrs, transparents, légers et très résistants à la chaleur. C’est donc un matériau de choix pour les biberons, les CD, les lunettes, les boîtes de conserve, les bouteilles d’eau, le matériel médical et même les pare-brise d’avion.












