La chimie contre la grippe
Plus un jour sans que l’on entende parler de la grippe A (H1N1). Bien qu’elle n’apparaisse pas dans l’immédiat plus sévère que les grippes saisonnières traditionnelles, c’est surtout sa forte contagiosité et la rapidité de sa progression qui la rendent préoccupante. Priorité donc à la prévention : la chimie entre en lice.
Grippe saisonnière ? Grippe A ? Quelle différence ?
Le virus de la grippe parasite et détruit les cellules de l’épithélium respiratoire, qui joue un rôle fondamental dans la défense antibactérienne, antivirale et anti-oxydante de la muqueuse respiratoire.
Une épidémie de grippe saisonnière touche en moyenne 2,5 millions de personnes entraînant 4 000 à 6 000 en France(InVS). Contrairement aux grippes saisonnières, dont le « réservoir viral » est humain, les virus des pandémies grippales non saisonnières se sont développés chez certains animaux avant de se transmettre d’homme à homme. C’est notamment le cas de la grippe A (H1N1) 2009, d’origine porcine, qui sévit actuellement.
Se protéger au quotidien
La transmission de la grippe se fait essentiellement par la voie aérienne, par contact direct ou indirect, par une simple bise donc ou une poignée de main. Il faut donc redoubler d’attention quant au lavage des mains. Et comme tout le monde touche les poignées de portes, le « lavez-vous les mains ! » seriné aux enfants devient impératif pour les adultes également. Savez-vous que 90 % des français ne se laveraient pas les mains avant les repas ? Et lorsqu’ils le font, c’est dans 25 % des cas à l’eau claire, sans savon ! Celui-ci est pourtant indispensable : le savon est fabriqué à partir d’une molécule d’huile, hydrophobe, et d’une molécule de soude, hydrophile. Lors du lavage des mains, une partie des graisses est évacuée dans l’eau de rinçage car la partie hydrophobe adhère à la pellicule lipidique des germes et aux particules de graisse et la partie hydrophile entraîne le tout dans l’eau qui s’évacue. A condition de frotter ses mains consciencieusement.
Alternative au savon
Pas de salle de bain à proximité ? Les solutions hydro-alcooliques sont des solutions antiseptiques cutanées aux propriétés bactéricides, virucides et fongicides et s’utilisent sans eau. Ces solutions hydro-alcooliques se composent de différentes substances, notamment l’alcool isopropylique, appelé également isopropanol, obtenu à partir de l’acétone ou par hydratation indirecte du propylène par l’acide sulfurique à 70 %.
Résultat, les gels et lingettes imprégnées éliminent plus de 95 % des bactéries. Attention néanmoins : les solutions hydro-alcooliques désinfectent mais ne nettoient pas. Elles doivent dont être utilisées sur des mains sèches et non souillées. De plus, elles n’ont qu’un effet ponctuel, le renouvellement de la désinfection reste nécessaire plusieurs fois dans la journée.
Contamination par l’air
Même si vous ne pensez pas être contagieux, quelques mesures s’imposent. Si vous toussez ou éternuez, le simple fait de vous couvrir la bouche et le nez avec un mouchoir en papier, le cas échéant dans le pli de votre veste, évite à aux aérosols virulents de circuler.
Si vous avez la grippe, ou y êtes exposé, le port du masque reste le meilleur moyen de protéger les autres et vous-même, le cas échéant. Ceux-ci sont composés de plusieurs couches de fibres non-tissées en polypropylène avec des liens synthétiques (polyester et élasthanne) et une barrette nasale en polychlorure de vinyle et métal.
Les vaccins
La vaccination reste le principal outil de prévention de la maladie causée par le virus de la grippe A(H1N1) 2009. Elle provoque l’immunisation du patient en stimulant sa production d’anticorps contre le virus. Pour préparer un vaccin comme celui contre la grippe, on isole les agents infectieux identifiés et isolés, on les multiplie en très grand nombre avant de les détruire chimiquement ou par chaleur pour en extraire des antigènes.

Dans le cas des vaccins dits pandémiques, il est important de pouvoir produire le maximum de doses, pour protéger le maximum de personnes. On ajoute donc à ces vaccins un adjuvant, qui stimule l’immunité, et permet de mettre moins de concentré vaccinal par vaccin. Ainsi, plutôt que d’avoir une formulation à 15 µg sans adjuvant, on fabrique des vaccins à 7,5 µg et 3,8 µg avec adjuvant. L’adjuvant utilisé a déjà été testé pour le vaccin pandémique contre le virus H5N1 de la grippe aviaire avec de bons résultats. Le vaccin contre la grippe A, comme tous les vaccins et médicaments, a été soumis à de nombreux tests avant d’obtenir son autorisation de mise sur le marché (AMM). L’AMM est délivrée par les autorités compétentes européennes ou nationales que sont l’Agence Européenne pour l’Évaluation des Médicaments (EMEA) ou l’Agence française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (Afssaps), sur des critères scientifiques de qualité, de sécurité et d’efficacité.
Les traitements
Malgré toutes ces précautions, vous avez tout de même attrapé la grippe ? C’est là qu’interviennent, sur prescription médicale exclusivement, les produits antiviraux. Ces médicaments sont composés de molécules qui agissent en perturbant chimiquement un moment précis du cycle de réplication d’un virus. Pris rapidement dès le début de la maladie (idéalement dans les 12 heures qui suivent l’apparition des symptômes et jamais au-delà de 48 heures), ils sont destinés à en atténuer les symptômes, raccourcir la durée et prévenir les complications. Pour que votre grippe ne soit rapidement plus qu’un mauvais souvenir.
Question au Docteur Levy, médecin conseil à l’Union des Industries Chimiques : les solutions hydro-alcooliques sont-elles la panacée ?

Le lavage prolongé et soigneux des mains, sans oublier les ongles, à l’eau et au savon reste le moyen à privilégier, d’autant qu’il a une action « nettoyante » favorisant l’élimination des salissures pouvant abriter des micro-organismes, tels que des virus. Les solutions hydro-alcooliques présentent cependant l’intérêt de pouvoir être utilisées en l’absence d’eau courante et dans certaines circonstances où une action désinfectante plus prononcée et plus rapide qu’un savon est indiquée. C’est pourquoi les autorités préconisent aussi bien l’une ou l’autre des solutions.
Les entreprises de l’industrie chimique se sont mobilisées pour mettre en place des plans de continuité en cas de pandémie. D’une part, certaines d’entre elles sont directement impliquées dans la production de vaccins et médicaments (antiviraux, antipyrétiques…) et au vu des enjeux de santé publique, pas question de faillir. D’autre part, l’industrie chimique approvisionne une grande partie de l’industrie en produits chimiques essentiels pour leur fonctionnement et doit donc tenir la barre pour que l’économie ne s’effondre pas.
Pour aider les entreprises de la chimie à se préparer, l’Union des Industries Chimiques a mis en place un mini site Internet qui donne des ’informations nécessaires à la poursuite des activités : Comment faire un plan de continuité des activités ? Quelles activités privilégier en cas de diminution des activités ? Comment protéger ses salariés et limiter les risques de contagion ?...
De nombreux sites s’étaient déjà préparés à l’occasion de la précédente alerte sur la grippe aviaire. Des structures transversales représentant plusieurs fonctions de l’entreprise (RH, HSE, fonction industrielle) avaient alors été mises en place dans les entreprises pour établir un plan de crise et effectuer des exercices de simulation, avec différents scénarios. Ces exercices ont repris dans certains sites afin de remettre les salariés « en situation » et d’éviter ainsi les erreurs et la panique en cas de pandémie.











