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La chimie verte déjà dans notre quotidien

Avec la chimie verte, levier d’innovation et de compétitivité pour l’industrie européenne, l’industrie chimique apporte des solutions et méthodes de production respectueuses de l’environnement.

Interview de Yves Chauvin prix Nobel de chimie 2005
Aujourd’hui, l’industrie chimique est impliquée, directement ou indirectement, dans la production de l’essentiel des produits qui nous entourent. C’est pourquoi elle se trouve au premier rang des préoccupations de développement durable. C’est au début des années 1990 qu’est né le concept de chimie verte aux Etats-Unis. Celle-ci a pour but de concevoir des produits et des procédés chimiques destinés à réduire ou éliminer l’utilisation et la synthèse de substances dangereuses.

 

Les 12 recommandations de la chimie verte

Cette chimie verte est guidée par une liste de 12 recommandations proposées en 1998 par Paul Anastas, directeur du Green Chemistry Institute de Washington et son confrère John Warner.


  1. Privilégier la prévention consiste à limiter la pollution à la source plutôt que de devoir investir dans l’assainissement ou l’élimination des déchets.
  2. En économisant les atomes utilisés lors des synthèses, l’industrie chimique réduit la quantité de résidus de réaction, voire les supprimer totalement.
  3. La conception de synthèses chimiques moins dangereuses se traduit par le recours à de nouveaux procédés pour utiliser et créer des substances faiblement toxiques - voire non toxiques - pour les humains et sans conséquence sur l’environnement.
  4. L’industriel conçoit des produits chimiques plus sûrs qui conservent leur une efficacité maximale tout en minimisant leur toxicité.
  5. L’utilisation de substances auxiliaires comme les solvants organiques est supprimée lorsque c’est possible, au bénéfice de substance alternatives et peu volatiles.
  6. Pour réduire les besoins énergétiques de certains procédés chimiques, les industriels développent des méthodes de synthèse à température et pression ambiantes ou dans d’autres milieux réactionnels de synthèse.
  7. Les matières premières renouvelables non fossiles sont choisies en priorité lorsque la technique et les moyens financiers le permettent.
  8. Le recours aux produits dérivés est réduit en privilégiant des voies de synthèse qui ne génèrent pas de co-produits, ceux-ci pouvant notamment générer des déchets.
  9. Favoriser l’utilisation de réactifs catalytiques permet à très faible concentration d’accélérer les réactions chimiques et de limiter le nombre d’étapes dans les processus réactionnels.
  10. Le mode de dégradation finale des produits chimiques dans des conditions naturelles est pris en compte dès leur conception afin d’éviter leur persistance dans l’environnement.
  11. Une surveillance et un contrôle, en temps réel et en cours de production, servent à prévenir les pollutions.
  12. Les substances utilisées dans un procédé chimique sont choisies les moins dangereuses possibles pour réduire les risques d’accidents chimiques - rejets, explosions et incendies.

 

De la théorie à la pratique

La chimie verte est aujourd’hui une réalité. En 2006, les industriels de la chimie ont investi plus de 3 milliards d’euros, dont plus d’un quart pour la protection de l’environnement et la maîtrise des risques. Les solutions à base de matières premières végétales investissent le marché. L’augmentation du tarif du baril de pétrole ne fera que renforcer cette tendance.

L’usage de produits d’origine agricole se développe dans les secteurs de la construction automobile (matériaux composites) comme du bâtiment (panneaux d’isolation). De nouveaux tensioactifs*, obtenus par exemple à partir de tourteaux de colza, intègrent des lessives, du dentifrice, des cosmétiques. Dans les peintures, de nouvelles formulations plus respectueuses de l’environnement utilisent des liants d’origine naturelle comme solvants, d’autres réduisent voire suppriment l’usage d’adjuvants. Exemple en matière de procédé : la production de 13.000 tonnes de l’anti-inflammatoire ibuprofène générait à travers six étapes plus de 20.000 tonnes de déchets. Désormais, tous les produits secondaires sont récupérés et valorisés. Plus besoin, donc, d’en traiter les déchets !

Le succès des prix scientifiques et technologiques Pierre Potier, qui récompensent chaque année « L’innovation en chimie en faveur du développement durable » confirme le développement de la chimie verte. Ils saluent des réussites récentes ou en cours de réalisation, qu’il s’agisse d’un produit, d’un procédé ou d’une entreprise.

Le développement de la chimie verte reste néanmoins soumis aux contraintes économiques du monde industriel. C’est pourquoi les procédés développés par l’industrie chimique doivent également être rentables à long terme. Condition pour être ensuite généralisés à d’autres industries.

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