Molécules et Jeux Olympiques
Après un Tour de France de cyclisme encore une fois assombri par les affaires de dopage, associer sport et chimie fait hélas encore trop souvent penser aux substances illicites. Or, on ne le sait pas assez, la chimie apporte quantité d’autres contributions, bien plus positives, à l’amélioration des performances physiques. Profitons des Jeux Olympiques de Beijing pour faire le tour des dernières innovations du secteur en faveur du sport.
Du 8 au 24 août, les Jeux Olympiques de Beijing illustreront plus que jamais la place prépondérante que les produits chimiques ont pris dans le sport. Quand les records deviennent difficiles à battre, que les écarts entre les meilleurs sportifs se comptent en centièmes de seconde, les technologies font parfois la différence. Des vêtements et matériels qui équipent les athlètes aux installations et bâtiments eux-mêmes, les produits chimiques, essentiellement les dérivés plastiques, sont partout.
Les hommes-requins
Sur 17 records mondiaux de natation battus entre février et avril 2008, 16 l’ont été par des nageurs qui avaient adopté la combinaison « peau de requin ». Recouvertes d’écailles en polyuréthane, les pièces de la combinaison sont soudées par ultrasons. Conçue pour comprimer les muscles, la combinaison aide également les nageurs à adopter une meilleure posture et mieux contrôler les mouvements musculaires. Au final, le vêtement apporte 4 % de vitesse supplémentaire. Du coup, d’autres fabricants se sont engouffrés sur ce marché prometteur. Sortie pour les JO, une combinaison concurrente+, utilise le même principe d’écaille en polyuréthane, intégrées à un textile déperlant.
Des vêtements toujours plus performants
Plus légers, plus résistants, plus respirant, les tissus synthétiques ont envahi le marché. Le grand public connaît les vêtements de sport en élasthanne, polyester, polyamide désormais communs. Il trouve aussi dans les magasins de sport des vêtements composés de polypropylène, qui restent sec au contact de la peau même en plein effort. Pour les JO, les textiles se font en plus rafraîchissants. Une grande marque de vêtements de sport propose des combinaisons et maillots 100 % polyester recyclé qui intègrent dans le dos une partie traitée en “passive cooling”, qui favorise la ventilation. De même, la “tenue thermos” est composée de triangles remplis d’eau puis congelés. Certaines combinaisons intègrent en outre des bandes de polyuréthane autour des cuisses, placées juste au dessus du genou. Ces bandes, qui compriment les muscles, évitent les tremblements.
Amortir les chocs
Les pieds des athlètes sont eux aussi l’objet de maints égards. Les chaussures doivent être légères, respirantes et confortables pour se faire oublier. Elles sont en outre chargées d’amortir les chocs, que ce soit à la course ou encore au basket. Les matériaux utilisés sont multiples : chlorure de polyvinyle (PVC), mousse de polyuréthane, caoutchouc butyle, ou encore polyester.
Autre allié des sportifs pour amortir les chocs – et éviter ainsi blessures et fatigue musculaire - les revêtements de sols servent à restituer l’énergie, à renforcer la sûreté des appuis des joueurs. Lorsque des chutes sont fréquentes, en volley par exemple, les sols doivent en outre bénéficier de propriétés anti-brûlure. Cette diversité des besoins amène ainsi à adapter la composition des sols à chaque sport.
Des équipements toujours plus techniques
Chaque discipline sportive présente aux Jeux Olympiques utilise des matériaux aux technicités renforcées. En athlétisme, les perches utilisées pour le saut sont composées de résines synthétiques, de fibres de carbone et de fibres de verre. Résultat, la perche est extrêmement flexible et assure ainsi un effet de catapulte qui convertit en hauteur la puissance de l’élan de l’athlète.
Résistance et légèreté
Les kayaks sont désormais construits en fibre de carbone haute performance ou en fibres techniques comportant des résines époxy. Cette résine, qui accroît à la fois la légèreté et la résistance aux chocs de l’embarcation, est également utilisée pour le mât des voiliers. Les voiles sont plus solides que jamais. Recouvertes d’un léger film en polyester qui répartit uniformément la puissance du vent, elles sont réalisées en polyamide ou para-aramide. Para-aramide également pour le châssis des vélos, plus légers et plus solides.
Chasse à la porosité
Les matières synthétiques remplacent également les matières naturelles car plus résistantes et moins poreuses. C’est le cas par exemple du caoutchouc synthétique à l’intérieur des pneus de vélo ou des membranes intérieures des balles et ballons.
Utilisées aujourd’hui par les grands sportifs, bon nombre de ces innovations seront progressivement intégrées dans les produits destinés au grand public. A chaque sportif amateur d’en faire ensuite bon usage.
Un “Watercube” techno/écolo
Parmi les installations sportives construites pour les JO de Pékin, le Centre national de natation, appelé “Watercube”, force l’admiration. Celui-ci est composé d’une structure métallique à laquelle sont ajustés plus de 3 000 coussins gonflés d’air et légèrement teintés en bleu. Réalisée en ETFE (éthylène-tétrafluoroéthylène), leur surface extérieure peut se transformer en un écran géant. Les organisateurs vont y diffuser des images des activités qui se déroulent à l’intérieur du bâtiment. De plus, les bonnes capacités d’isolation thermique des films ETFE permettent au Watercube de récupérer plus de 20 % de l’énergie solaire pour chauffer son eau et son air. Et la transparence de l’enveloppe permet de diminuer de plus de 55 % les besoins en éclairage artificiel.
Courir avec des prothèses
Oscar Pistorius, athlète sud-africain amputé des deux jambes alors qu’il n’avait que onze mois, court avec deux prothèses en carbone spécialement conçues pour la compétition handisport. Après les Paralympiques, Oscar a participé à des courses contre des athlètes sans handicap, avec des résultats proches de ceux de ses compétiteurs. Il avait dû alors convaincre les autorités sportives que ses prothèses ne constituaient pas un avantage technique par rapport aux coureurs valides. S’il a échoué dans sa tentative de participer aux Jeux Olympiques 2008, ce fut seulement pour 70 centièmes de secondes en dessous des minima requis.











