"Nos enfants nous accuseront !"
Le mercredi 5 novembre sortait en salle « Nos enfants nous accuseront », de Jean-Paul Jaud, présenté comme un « film-documentaire choc sur les pesticides ».
L’action se déroule dans le Gard, à Barjac, municipalité qui a décidé de passer au 100 % bio dans les cantines scolaires. Cette initiative est le point de départ d’une argumentation qui dénonce « l’empoisonnement des campagnes par la chimie agricole ».
Pour que chacun puisse se faire une opinion, l’équipe de « Reactions-chimiques » apporte un éclairage sur la problématique de l’utilisation des pesticides.
Le film
Pour comprendre le film, il faut reprendre l’histoire de sa genèse. Jean-Paul Jaud explique qu’il a choisi de s’alimenter avec des produits biologiques lorsqu’il a été victime d’un cancer. Il a associé sa maladie à son alimentation et aux résidus de pesticides qui peuvent se trouver dans les fruits et légumes et a ensuite voulu dénoncer, à travers un film, ce qu’il appelle les « méfaits de la pollution chimique ».
Or, il faut préciser que l’association faite par M.Jaud entre le cancer et les pesticides ne se base sur aucune analyse médicale ou scientifique. Il s’agit d’une interprétation personnelle.
L’autorisation de mise sur le marché d’un produit de traitement des plantes : comment ça marche ?
Près de 300 études, soit 10 ans de recherche et 200 millions d’euros d’investissement, sont nécessaires avant la mise sur le marché d’un produit et seule 1 molécule sur près de 150 000 synthétisées satisfait aux critères de l’autorisation de mise sur le marché. Cette procédure d’évaluation longue, critique, exigeante et obligatoire permet de garantir la sécurité des utilisateurs comme des consommateurs, lorsque les conditions d’emploi sont respectées.
Les causes du cancer : Que disent les dernières études ?
4 000 études scientifiques ont été publiées sur les causes des cancers. À ce jour, la communauté scientifique considère qu’il n’est pas possible d’établir un lien entre pesticides et cancer. Exemples d’études réalisées par des institutions reconnues pour la qualité de leurs travaux scientifiques :
- Le rapport réalisé en 2007 par l’Académie de médecine, l’Académie des Sciences, le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer) conclut que moins de 1% des cancers seraient attribuables à la pollution environnementale et que « le lien putatif entre pesticides et cancer ne repose sur aucune donnée solide ».
- Le rapport du WCRF (World Cancer Research Fund - novembre 2007) corrobore la position du CIRC : « Bien que le sujet soit controversé, il n’existe à ce jour aucune preuve épidémiologique que les résidus de produits phytopharmaceutiques, seuls ou en cocktails, que l’on pourrait retrouver dans l’eau ou l’alimentation, aient un effet significatif sur un risque de cancer ».
Quid de la santé des agriculteurs ?
Concernant la santé des agriculteurs, le Dr Lebailly, chercheur au GRECAN (Caen), révèle que la mortalité générale, comme la mortalité cancéreuse (tous cancers confondus) est moins élevée chez les agriculteurs que dans la population globale. Selon le Dr Lebailly, « il n’existe pas de preuve que tel pesticide est un agent causal de cancer, hormis les composés arséniés interdits en viticulture » (source : interview Dr Lebailly pour envirodroit.net, 28/01/08).
Par ailleurs, les chiffres de l’Insee* révèlent que les agriculteurs, qui sont les premiers utilisateurs de pesticides et de ce fait les plus exposés, ont une meilleure espérance de vie que la population générale et que certaines catégories socioprofessionnelles en particulier (ouvriers, employés ou personnes n’ayant jamais travaillé).
Entre 1991 et 1999, l’espérance de vie des agriculteurs était de
78,5 années, alors que pour l’ensemble de la population, elle s’élevait à 76 ans.
Pourquoi utilise-t-on encore des pesticides alors que l’agriculture biologique sait s’en passer ?
L’agriculture biologique représente moins de 2% de l’agriculture française. Aujourd’hui, ce type d’agriculture est complémentaire de l’agriculture conventionnelle, mais ne peut pas répondre aux besoins alimentaires de toute la planète.
La position de la FAO (Food and Agriculture Organization of the United Nations) est assez claire sur ce point. Jacques Diouf, son directeur explique que « l’agriculture biologique représente une source croissante de revenus, pour les pays développés comme pour les pays en développement. Mais il n’est pas possible de nourrir aujourd’hui six milliards de personnes, et neuf milliards en 2050, sans une utilisation judicieuse d’engrais chimiques ».
Chiffres clés
La France est le 4e marché mondial de produits phytopharmaceutiques. Ce classement s’explique par le fait que la France est la 2 e puissance agricole mondiale et le 1er exportateur mondial de produits alimentaires transformés. Si l’on rapporte l’utilisation de pesticides à la surface cultivée, la France est dans la moyenne européenne avec 4,45 kg de produit commercial par hectare (source : FAOSTAT 2004).
* Source Insee, 2005











